RÉALISATIONS DES ALLUMETTES À LA RUE PASTEUR

 

1995–2003 – Une expérience créative dans un quartier en transformation.

L’îlot Chieusse Pasteur, ce petit quartier dont il ne restait en 1995 que deux rues entourées de maisons faites de briques et de broc, a fait l’objet d’un long travail de mobilisation pour la conservation de sa mémoire avant sa démolition, travail mené par Anne-Laure Leconte et Olivier Lucas, membres des associations « Les Allumettes » et « Télé d’un jour ». Ce projet est partiellement restitué dans le film Rue Pass-Pass.

 

RUE PASS-PASS extrait 01 from STUDIO VIVIENNE on Vimeo.

 

Le 13 avril 1997 la Rue Pasteur revient sur son histoire

 

Dispositifs proposés par Télé d’un jour, Anne-Laure Leconte et Olivier Lucas

  • Retransmission en Direct sur Le Câble Marseille (chaîne de télévision locale) de cette histoire tout au long de la journée. Ce projet, dont la réalisation avait été entièrement préparée, a malheureusement dû être abandonné à la dernière minute, remplacé par le tournage improvisé d’un documentaire qui a donné le film Rue Pass-Pass.
  • Connexions multimédias par fax, visioophonie, et Internet encore à ses début, ont permis des échanges multiples de documents d’archives, dessins, caricatures, commentaires avec des partenaires vivant cette aventure depuis leur propre ville ou quartier.
  • Installation vidéo Du mot aux gestes. Les passants expriment en langage gestuel quelques bribes de phrases.
  • Le Coin Débat, petit salon oriental aménagé au coin d’une maison, où l’on parle architecture, vie quotidienne et grands projets urbains, histoire et mémoire.

Dispositifs proposés par Les Allumettes, Anne-Laure Leconte et Olivier Lucas et Charlotte Canthelou

  • Le Repas de Rue, une manière d’inviter les grand-mères que l’on ne trouve pas dans la rue à être présentes dans cette histoire et à participer à la fête.
  • Les Lavandières, spectacle. Un groupe de femmes, comme surgies du passé, vient s’installer autour de la fontaine. Derrière elles, un étendage à linge monumental est intégré dans un portique d’agrès d’acrobatie. Petit à petit, les gestes quotidiens –laver, frotter, rincer, étendre le linge– prennent une dimension spectaculaire.
  • La Rue Pasteur en Pétard. Avec un artificier professionnel, les jeunes du quartier confectionnent et installent un feu d’artifice qui va mettre en lumière les lieux symboliques du quartier Pasteur. Le coin des vieux, la fontaine, le coin de rue où l’on se retrouve entre jeunes…

 

Que sommes nous venus faire là ?

La préoccupation militante –le soutien que nous avons cru devoir apporter aux habitants– n’est pas une réponse suffisante à cette question. Qu’y a-t-il dans ces ruelles dont la préservation nous tient tant à cœur et que nous avons l’impression de ne plus trouver ailleurs ? En quoi cette histoire, qui est en train de s’effacer, n’est-elle pas seulement l’histoire d’une population issue de l’immigration mais est aussi la nôtre et concerne chacun d’entre nous ?

C’est donc en tant qu’artistes et militants que nous avons entrepris de restituer l’histoire de ce quartier avec les voix et les regards de ses habitants dans un souci de démocratisation du discours par la multiplication des points de vue. Nous avons également invité de nombreux acteurs de terrain (architectes, urbanistes, décideurs, photographes, travailleurs sociaux, artistes, étudiants, associations…) à participer à la production de ce récit, le temps d’une journée. Et, afin de provoquer l’action et la réaction, de susciter la profusion des rencontres et la multiplication des paroles et varier les modes d’expression, nous avons imaginé et mis en place divers dispositifs.

C’est ainsi que, le 13 avril 1997, la Rue Pasteur revient sur son histoire, se raconte, se montre et s’exprime. C’est la première fois, aux dires des habitants, que tout le quartier vit un tel rassemblement de tous ses membres. Jeunes et vieux dansent ensemble au milieu de la rue, dehors ! pour un ultime hommage et un adieu. Restent de cette journée mémorable profusion d’images et de sons disparates d’où émergent d’innombrables éléments de réponse à notre interrogation : Qu’y a-t-il dans ce lieu que nous ne voulons pas perdre ?

Par la force des choses, la Rue Pasteur est devenue pour nous le symbole de la résistance de l’individu face à la standardisation. Les habitants de ce quartier, déjouant les clichés, manifestant leur autonomie face à la passivité, conservant les reliefs des singularités face à la platitude de l’uniformisation, associant héritage des anciens et intégration, nous donnent un témoignage [une leçon] de la valeur des individus qui ont su rester en contact avec les racines profondes de leur culture.